Carte blanche - Absentéisme scolaire

BECI: Les bonnes questions et les mauvaises formulations

La polémique autour des écarts de langage du président de la BECI (Brussels Enterprises Commerce & Industry), Thierry Willemarck serait à mourir de rire si elle ne touchait pas une vérité essentielle: le décrochage scolaire est massif chez les élèves issus des classes sociales les moins favorisées dans la Région bruxelloise.

Stigmatiser le discours du nouveau président de la BECI et lui remonter les bretelles  pour dérapage verbal ne ramènera pas les élèves en classe et ne les fera pas réussir. Le choc médiatique provoqué par ses paroles a entraîné une riposte non graduée qui prouve que la campagne électorale a vraiment commencé, plus de deux cents jours avant les élections.

Mais attention, qu'on prenne garde à ne pas passer, au nom du médiatiquement correct, à côté du vrai problème qui est celui du chômage à Bruxelles (22% et 40% chez les jeunes d'origine immigrée, il faut oser l'écrire, nous le disons depuis des mois). Il a des causes indéniables: le laxisme des parents, la méconnaissance du français, le déni des valeurs universelles, mais surtout la médiocre qualité de l'enseignement en Communauté française, singulièrement à Bruxelles. Conséquences: un absentéisme sauvage mal contrôlé et peu sanctionné, souvent couvert par des certificats de convenance et de connivence. Crier haro sur le langage du nouveau président du BECI en soulagera plus d'un, mais ne résoudra rien. Autant casser le thermomètre pour faire tomber la température. La fièvre ne tombera pas pour autant. Alors que faire concrètement?

Supprimer les alloc comme disait Sarko? C'est une mesure brutale et anti sociale plaidée dans les milieux populistes et réactionnaires. Voyons plutôt les choses objectivement et à froid.

Haro sur les parents? Ce sont régulièrement des personnes elles -mêmes peu ou pas scolarisées, et qui ne mesurent pas l'importance de l'école sur l'insertion de leur enfants dans la société. Des clichés? Oui, mais des réalités de terrain qu'on ne saurait ignorer plus longtemps au sein de ces milieux. De plus, il n'est pas rare que les enfants partent à l'école le ventre vide.

Exemple : un directeur d'école primaire schaerbeekois avait pris l'initiative d'organiser et de financer des petits-déj avec les parents, suivis de cours d'alphabétisation des mamans. Résultat constaté : Chute de l'absentéisme!

Enseignement maternel obligatoire? Une autre mesure consisterait à rendre l'enseignement maternel obligatoire dès trois ans et d'en faire un bain de langage, une immersion totale dans la langue de l'école qui n'est pas celle du pays d'origine. Attention, c'est là qu'il faut placer les enseignants les plus expérimentés, les mieux formés. Il n'y a pas meilleur investissement, cela a cependant un coût, mais un retour évident.

Enseigner le français autrement? Il serait judicieux de repenser l'enseignement de la langue de base pour enseigner désormais du "français langue étrangère" selon l'excellente pédagogie mise au point par le grand romaniste de l'UCL Luc Collès.

Coaching individualisé. Il faut instaurer du coaching individualisé pour ces élèves qui ne sont pas inintelligents, mais simplement moins socialisés et généralement dépourvus d'estime de soi. Ce "coaching immédiat" a un prix, il doit être pratiqué notamment de 15h30 à 18h quand les enseignants du primaire quittent l'école. Cela exigerait de recruter des maîtres spéciaux dits d'adaptation. Se pose alors la question du financement d'un tel projet? On pourrait supprimer le saupoudrage de subsides à des écoles de devoirs organisés par des ASBL souvent peu efficaces.

Coaching de groupe. Certains appelleront cela des centres de (re)socialisation, nous parlerons plutôt de centres de (re)scolarisation pour les jeunes en décrochage lourd. Il conviendrait de mettre en place ces centres avec la possibilité de brefs séjours en interne. On y (ré) apprendrait les bases du calcul avec l'aide de formateurs d'élite disposant de matériel informatique performant. On y organiserait des programmes accélérés, mais intensifs : revalidation des savoir-faire, entrainement des connaissances ainsi que des ateliers d'expression, d'écriture et surtout du sport. Le sport forge le caractère, développe l'esprit de groupe, la solidarité, le respect de l'autre. Il s'agirait d'une manière originale, performante et motivante afin de remettre les égarés, envers et contre tout, dans le circuit scolaire. Comment procéder concrètement? La plupart des communes disposent de centres aérés où s'organisent des classes vertes et des camps de vacances. Ces lieux existent, mais sont sous-équipés, il faut y investir dans du matériel didactique efficace et engager des formateurs d'élite bien rémunérés. On y enverrait les jeunes en décrochage plutôt que de leur imposer des examens de passage ou des redoublements contre-productifs.

Il s'agit là d'une série non pas de coups de pied au cul, mais de mesures de bon sens qui, correctement appliquées peuvent vraiment porter remède pour éviter dès le plus jeune âge une relégation sociale aujourd'hui souvent inévitable pour de nombreux jeunes issus de familles socialement économiquement, et culturellement défavorisées.